Versant Nord des Arêtes de Rochefort à ski

9 juin 2007, première descente à ski du Versant Nord des Arêtes de Rochefort-Massif du Mont-Blanc

Topo: 500m à 50°, 1 rappel de 40m, 5.5 – E4. No comment ….

Alors en pleine préparation du probatoire d’aspirant guide de haute-montagne, Pierre Tardivel me propose à nouveau une descente :
 » Je n’y ai jamais vu aussi blanc !  »
il avait certainement dû faire une vallée blanche quelques jours avant et se dire  » tiens ça passe ».

Pour ma part j’étais toujours un peu frileux de faire du ski à cette époque de l’année, je devais grimper davantage pour me perfectionner à l’examen d’escalade qui me permettrait de rentrer à l’ENSA, et vue mon niveau ce n’était pas gagner ! Les plus à l’aise étaient  » rando » dans le niveau 7, moi déjà au 6 j’étais taquet !

Mais bon une belle descente comme celle-là ne se refusait pas surtout que l’ami Florian pourra être de la partie.
Nous voilà donc en route pour Chamonix avec le maître Pierre Tardivel .
Comme d’habitude nous partons à la cool, première benne côté téléphérique de Helbronner, Pierre veut que nous remontions par la pointe Yeld ! Bon, nous verrons bien, nous sommes quand même en juin et à cette période les pentes commencent à purger sévère dans l’après-midi.

En solo du début à la fin… nous gravissons la voie normale des Arrêtes de Rochefort cela nous permet de passer sur l’arête vertigineuse puis de descendre dans la pente à mi-parcours pour couper la même pente que nous skierons, puis nous remontons sur une centaine de mètres crampons aux pieds au pour pouvoir démarrer du point le plus haut du col.

Un départ sur le fil du rasoir

Perchés tels des faucons scrutant la surface de la neige , nous nous préparons pour la descente, il n’ y a pas vraiment de place sur ce perchoir si bien qu’une partie du talon des skis est dans le vide côté Italien et la spatule, elle, côté français, se ferait bien la belle dans le départ de notre descente encore un peu en neige dure.

Les premiers virages sont à la hauteur de ce que nous attendions, du bien raide , difficile de donner une inclinaison mais c’est le genre de pente où aucune erreur n’est permise tant par sa raideur, son exposition et sa qualité de neige.

Curieusement tous les virages s’enchaînent bien, si bien qu’on peut même se lâcher un peu au dessus du premier sérac.

Pendant que nous palabrons avec Florian, Pierre tente de forcer le passage du sérac sans corde, nous sommes un peu inquiet de le voir tenter ce passage sans assurance si bien que nous insistons pour qu’il s’attache même si nous savons que Pierre est capable de prouesse incroyable ski au pied, sa grande expérience et son talent font qu’il peut repousser à chaque fois ses limites dans le domaine des passages mixtes en ski, c’est impressionnant à voir mais aussi un peu terrifiant quand on a pas le même niveau.
Finalement Pierre décide de faire un rappel, nous n’avions pas l’intention de « dry skier » ce passage de toute façon.

Passage sous le terrible sérac 

Après un rappel d’environ 40m, nous voilà sous le 1er sérac, je dois dire que l’ambiance est un peu tendu, nous voyons en bas de vieille avalanche de sérac qui ont ravagées la pente et le glacier des Périades….

L’idée de finir cristallisé au milieu de ces jolies glaçons ne me réjoui pas du tout, on passe la seconde.

C’est alors qu’en rappelant la corde un bloc de glace me heurte le menton, ouch…. ça fait mal !

La neige est encore très dur à cette endroit là, Flo et moi-même partons devant pendant que Pierre pli sa super corde Dyneema de 100m ! rose fluorescente  comme à la grande époque.

Un passage « freeride »

Nous poursuivons  sur les raides contre-pente en traversant sous le sérac, nous sommes bien affûté physiquement mais aussi au niveau des carres, malgré la neige ultra dure, nous skions sans problème jusqu’à un verrou rocheux.

Un analyse de quelques secondes pour juger de la faisabilité de nos acrobaties et nous nous mettons d’accord avec Florian pour faire un « tout-droit » sur quelques mètres suivi d’un saut.

La grande pente bien large derrière nous permettra de faire un bel arrondi en dérapant pour perdre de la vitesse. La prise de vitesse face au vide est vraiment impressionnante mais nous sommes sûre de notre coup.
Je m’élance le premier, tout-droit, saut et réception sur la grande pente en douceur.
Flo ancien skieur alpin de haut niveau franchi le passage avec style !

Nous attendons alors Pierre qui découvre le passage en s’écriant  » Les Salops »
Nous ricanons bêtement tel des enfants content de notre connerie.
Pierre semble un peu désabusé mais nous le chauffons à Blanc pour qu’il franchisse le passage comme nous , l’ancien de ne dégonfle pas… et fidèle à sa réputation engage le passage tel un cabri.
Nous voilà réuni tout les 3 avant les dernières difficultés : pente en glace, verrou rocheux et rimaye…

A partir de là 2 options se présentes: 

Un pente qui semble en Glace vive.
Un verrou rocheux et mixte dans une dalle à désescalader ski au pied.
Je n’ai jamais étais « fan » de ces désescalades scabreuses au milieu de dalle , surtout quand un passage neige est possible.

Pierre lui c’est le professionnel de ce genre de difficultés et je commence à le connaître; je sais que son passage ne va pas me plaire.
Je poursuis dans la pente neige et glace tout seul pendant que Pierre et Flo font s’amuser dans leur dalle de granit….

Mon passage est super skiant, finalement ce qui s’apparentait à de la glace vive est de la neige dur, mais il est possible de louvoyer entre les différentes plaques de glace, si bien que j’arrive avant eux en bas des difficultés pour observer mes 2 chamois en pleine action.

Pierre fait une belle démonstration de dry-skiing à Flo qui commence à se demander si il a bien fait de le suivre…. je me marre.
Finalement Flo « coaché » par Pierre trouve le passage et le franchi sans encombre.
On souffle un peu , mais on a encore 2 barres de séracs au dessus de nous, donc on s’active pour la franchir la rimaye.
La neige à bien ramolli et j’avoue que nous prenons du plaisir a ouvrir davantage les virages, nous sautons la rimaye et rejoignons le glacier des Périades content d’avoir réalisé cette belle descente bien visible depuis la vallée blanche.