La face Nord de la Pointe du Midi-Massif des Aravis

 

11 Avril 2005… 9h00 ! Pierre passe me prendre chez moi : il est tombé 50 cm de neige à 2000 m d’altitude, les conditions en pente raide s’améliorent de jour en jour. Allons voir si nous trouvons quelque chose à nous mettre sous la dent! Pas facile de trouver une face qui ne chauffe pas au printemps… A 15h00, je découvre la face Nord de la Pointe du Midi au bout des jumelles : c’est une face imposante qui fait penser à l’Eiger et ses névés suspendus, Pierre lorgne dessus depuis longtemps apparemment… elle paraît plus dure que la « voie Joss » ouverte l’année dernière à La Tournette….encore une qui se classe dans la catégorie « grande ambiance ! ».

 

12 Avril … 13h00 ! Enfin à la brèche de la Pointe du Midi, après 4 h de montée dans des conditions délicates : passage par le Col du Midi, traversée contournée par le versant sud-est et enfin découverte de la rampe de neige repérée la veille. C’est étroit, mal enneigé, et exposé, d’autant plus que le brouillard enveloppe tout le bas de la face. On ne le sent pas, les conditions météo ne sont pas au rendez-vous….donc, demi-tour. Nous décidons d’attendre de voir comment la météo évoluera .

 

22 Avril… 6h00 ! Pierre et moi, nous nous rejoignons à Annecy pour partir à nouveau sur ce versant des Aravis. Cette fois-ci, c’est la bonne, la neige est parfaite. Nous contournons le socle pour rejoindre le dernier tiers du couloir par une traversée sur des pentes suspendues, c’est aérien et magnifique, Pierre qui fait la trace devant moi s’enfonce jusqu’à la taille !

 

A 11h30, on s’arrête dans une grotte à 30 m sous la brèche sommitale, les pentes de neige qui permettent l’accès au sommet sont impraticables, elles ne représentent aucun intérêt pour le ski, trop raides,mixtes et trop exposées pour poser une spatule. Nous en resterons là, nous prenons un moment pour nous hydrater et manger un peu avant la descente, cette petite grotte nous assure un confort total, on est assis et à l’abri de la moindre avalanche !

 

12h10 ! Le clic caractéristique des fixations retentit dans le couloir de départ très encaissé, un dernier coup de fil au photographe posté en face et c’est parti pour la descente ! Pierre effectue les premiers virages, c’est bon, la neige est stable, il se met à l’abri dans un renfoncement et je m’élance à mon tour.

La neige excellente nous permet un ski facile et en sécurité, nous nous approchons délicatement du vide pour accéder au premier rappel ; pendant que je sors le perforateur, Pierre cherche le rocher qui nous permettra d’installer nos goujons inox…

Le rappel est impressionnant, c’est un rappel en « fil d’araignée » sur 20 mètres. Nous manquons de chance, la corde est trop courte alors je suis contraint de faire un nouveau relais de fortune : ce rappel de 60m nous permet d’accéder à la dernière moitié de la face qui nous entraîne dans un ski aérien avec le passage d’un éperon suspendu en plein vide concentrant à lui seul le charme de cette ligne et son esthétisme.

Ensuite, la neige est dure, pas agréable à skier et les coulées on ravagé le bas de la face encore exposé au dessus des barres.

On termine par un passage « chamois » dans des arbustes avant de skier les contre-pentes ensoleillées au pied de cette face.

C’est vraiment une belle descente longue et complexe : certes, il y a 60 m de rappels obligatoires mais quelles sensations ! Seul regret : nous n’avons pas vu le gypaète…peut-être a-t-il eu peur de croiser deux chamois ?